On se sent si mal et impuissant lorsque l’on est dépressif

Un élément très pesant dans la dépression est le fait que l’on a envie de rien : tout semble terne. Il y a même une partie de nous qui n’a pas envie de s’en sortir, puisqu’il s’agit là aussi d’une envie. Envie de rien, absolument rien. Un peu comme si notre cœur faisait une croix sur tout ce qui le faisait battre avant. Dans de tels moment on n’a pas envie de se faire à manger, de sourire, de se lever. On n’a même plus envie d’écouter cette musique que l’on aimait tant, d’aller se promener dans ce parc qui nous réjouissait auparavant. Et si jamais on tente de faire quelque chose qui nous plaisait, la disparition du plaisir que l’on avait avant nous met encore plus mal. C’est un cercle vicieux, et longtemps je me pensais dans une impasse. Peu importe ce que j’entreprenais, soit  c’était neutre, soit je me sentais plus mal encore.

Comme si cela n’était pas suffisant, la fatigue en rajoute une couche. De cette façon, toute tentative d’activité visant notre bien-être sera remerciée par une lassitude extrême. Les muscles sont lourds, le regard baissé. On a la sensation d’être aimanté à un support : une chaise, un lit, par terre. Même si on n’est pas positionné confortablement, on reste avachis, en se disant « à quoi bon ? ».

C’est donc à cela que se résumaient mes journées de dépressive : je me levais. Je n’en avais pas envie, je le faisais juste pour ne pas avoir à me justifier de rester au lit. La non envie de se lever était un peu moins forte que la non-envie de voir ses parents inquiets, ou bien les profs interrogateurs. Je me mettais en mode robot pour aller en cours. Je ne suivais plus rien, j’étais simplement physiquement présente. C’était bien tout. Et puis je rentrais. Je me mettais au PC et ne faisais rien. Je naviguais de site en site, le regard vide. Je n’allais sur aucun forum, ne jouais à aucun jeu. Je fixais mes yeux sur l’écran pour me donner l’impression de faire quelque chose. J’étais une coquille vide, ne ressentant aucune autre émotion que la tristesse, l’humiliation, l’incompréhension. Et puis je dormais, énormément. Je me noyais dans le sommeil, c’était ma drogue. Le seul refuge où je me sentais bien, ou du moins un peu moins mal.

 

Comment sortir de l’impasse?

Mon mode de vie a tellement changé maintenant, que l’on se demande parfois si je suis bien la même personne. Je me lève tous les matins à 6h pour pouvoir écrire avant de me rendre au travail. J’ai décroché un diplôme d’ingénieur. J’ai des amis formidables, et les relations amoureuses que j’ai eues depuis ma guérison ne se sont faites qu’avec des personnes respectueuses, pour qui mon bien-être était important. Je suis bien dans mon corps grâce à un exercice régulier. Je me réjouis en permanence de la beauté de la vie. Par exemple, je suis en ce moment toute joyeuse à la vue des couleurs de l’automne. Tous les matins, je remercie la vie pour sa beauté et ce qu’elle m’apporte.

Comment ai-je pris ce virage ? J’ai mis du temps avant de comprendre le processus. J’ai essayé diverses méthodes pour me soigner. Des médicaments m’ont été donnés. Mon avis est très mitigé sur le sujet, du moins dans mon cas. Si vous êtes dans une situation d’urgence, il est indispensable que vous suiviez ce que le médecin vous prescrit. Suivez son traitement à la lettre en attendant d’avoir les idées plus claires. Les antidépresseurs m’ont aidée mais sur un temps très limité. Ceux que j’ai pris pendant plusieurs mois m’ont fait du mal : nausées, migraines, maux de ventre. Mon œsophage me brulait en les prenant. Et je ne me sentais pas mieux mentalement. Je suppose que cela a simplement aidée à ne pas me sentir « plus pire », si jamais cela était possible. Bref, je ne regrette pas d’avoir arrêté dès que cela était possible.

J’ai également consulté plusieurs psychothérapeutes. Je pense qu’il est indispensable de se faire aider, ne serait-ce que pour le temps gagné lorsque l’on a quelqu’un pour nous épauler. Parler à quelqu’un d’extérieur à notre environnement, autre qu’un ami ou membre de la famille. Son point de vue est plus détaché, et on peut s’exprimer de façon plus décomplexée. Il est important de se confier à quelqu’un qui ne nous juge pas, et avec qui on se sent parfaitement à l’aise. Je m’y suis mal pris de ce côté-là : les entrevues étaient trop irrégulières. Faut-il ressasser en détail le traumatisme ? A mon sens ce n’est pas une bonne idée. Je suis plutôt de l’avis de Tony Robbins sur la question : « Si vous vous concentrez continuellement sur ce qu’il y a de plus mauvais dans la vie, vous vous mettez dans un état qui favorise le pire ».

Je me suis aidée d’activités plaisantes pour m’en sortir, et qui ne demandaient pas trop d’énergie. Je me suis remise à lire. Lorsque je ne parvenais plus à me concentrer j’arrêtais, sans me blâmer de ne pouvoir aller plus loin. J’y allais doucement. Ce qui m’a beaucoup aidée, c’est la rencontre d’un amoureux incroyable. Nous avons passé plusieurs années ensemble et c’était formidable. Sa présence m’a beaucoup stimulée pour revivre, et il fait partie des personnes que je remercie chaque jour pour m’avoir permis d’être heureuse aujourd’hui. Le pouvoir de l’amour est magique. Mais avant de le rencontrer j’étais déjà en pente ascendante, également grâce à l’amour, celui de mon entourage. J’ai à nouveau donné de l’amour, et mes proches me l’ont bien rendu. Je ne pense pas que j’aurais été en mesure de le séduire si je n’avais pas commencé la guérison en amont.

 

S’écouter et se mentir

Si je dois donner une première étape pour aller de l’avant, ce serait celle-ci : il est primordial de s’écouter. On en revient à la pleine conscience ici. C’est intéressant d’être curieux vis-à-vis de soi-même. Cela m’amuse beaucoup de faire pause à divers moments de la journée. Je fais pause et je prends une photographie de mes ressentis internes. En m’écoutant, j’ai pris conscience de l’ampleur de ma douleur. Je ressentais des déchirements dans mon ventre par moments. J’ai eu pitié de moi, et j’ai compris qu’il était urgent de faire quelque chose. J’ai enfin agi pour moi, au lieu de n’être que ce robot qui survivait, et tâchait de bien se cacher pour ne pas se mettre en danger. J’ai délibérément choisi de me faire plaisir. Je suis ainsi entrée dans un cercle vertueux : d’abord un peu de de plaisir pour une activité (la lecture dans mon cas), puis un peu plus le lendemain, puis accro quelques mois plus tard. Une drogue plutôt saine !

Notre cerveau est le centre de nos émotions. Ainsi, il est capable de nous faire nous sentir mal alors que tout va bien dans notre vie, et inversement. Je me suis donc volontairement menti. Je n’en avais pas conscience, mais c’est vraiment une stratégie que j’ai adopté pour me sentir bien. Il ne suffit pas de se dire « je vais bien » pour que ce soit effectivement le cas. Il faut adopter la posture qui va avec. Se tenir droit comme si l’on était invincible, le faire vraiment. Se forcer à rire, comme au théâtre. De cette façon, le cerveau libère des substances comme si on était effectivement serein, car c’est un processus physiologique. C’est un effet placebo puissant, il serait dommage de ne pas s’en servir. Ce n’est pas toujours évident, car cela implique de se concentrer. Dès qu’on ne l’est plus, on se remet inconsciemment en position larvaire. Petit à petit, on adopte une posture et un faciès plus souriants. Au final, c’est l’effet que cherchent à produire les drogues et les médicaments : mentir à votre cerveau. Pour avoir essayé, je peux vous assurer qu’il est possible de se mentir et ressentir une grande euphorie sur demande. Faites le test immédiatement : tenez-vous comme si vous étiez heureux et léger. Vous êtes le maître à bord, vous seul pouvez décider de vous sentir bien. Ecoutez-vous, acceptez votre douleur car elle est légitime, puis mentez-vous pour votre bien, en adoptant la posture qui convient. Faites-le un peu tous les jours, et la joie reviendra, tout naturellement.