Le chemin de la résilience est parsemé de surprises. Une des plus étonnantes à mes yeux a été de découvrir l’importance de s’aimer. Beaucoup trop de survivantes se détestent. Il est impossible de guérir sans amour. L’amour de soi est une étape de la renaissance peu intuitive mais pourtant essentielle.

On ne peut pas aimer les autres sans s’aimer d’abord. Si l’on ne s’aime pas, alors notre présence est dans notre esprit une mauvaise chose, un boulet pour ceux que l’on souhaite aimer. Or nous sommes de belles personnes, et nous avons l’obligation morale d’être ouverte aux opportunités de la vie.

Dépasser la culpabilité

Culpabiliser et regretter m’ont rongée pendant plusieurs années. Je m’en suis voulu trop longtemps. Qu’est-ce que je me reprochais ? De ne pas m’être défendue, de ne pas avoir cherché à empêcher cela, de ne pas avoir perçu les signes précurseurs. J’étais persuadée d’avoir mal agi. La coupable c’était moi, si vraiment je ne voulais pas que cela arrive j’aurais dû être en mesure de le contrer. Les policiers ont lourdement insisté sur ces questions « pourquoi ne pas avoir crié à ce moment ? », « pourquoi ne pas être partie là ? », etc…

Se sentir coupable est le principal obstacle face à la nécessité de s’aimer. On a beau nous répéter que nous n’avons pas mal agi, un petit goût amer demeure en nous. Il est grand temps de se pardonner. De quoi ? Du mal que l’on se fait à s’en vouloir ainsi. Le passé ne peut plus être changé, alors que le présent offre de milliers de possibilités. Pour profiter de ces cadeaux de la vie, il faut ouvrir son cœur. Lui dire « ça va aller ». Vous n’êtes pas coupable, et quand bien même vous le seriez-vous n’avez pas à vous interdire d’être heureuse pour autant. Soyez fier de vous, et tous les jours gardez en tête que le problème ne vient pas de vous.

Le jour où j’ai décidé d’arrêter de m’en vouloir, mon cœur s’est délesté d’un poids énorme. J’ai ainsi fait de la place pour y mettre les pépites que la vie offre et que je ne voyais pas jusque-là. Poser un sourire sur mon visage a attiré une abondance d’heureux événements.

Se recentrer

Faire le point sur où l’on est aide beaucoup. Comment peut-on en arriver à s’en vouloir à ce point-là, à en devenir obsédé ? Parce que l’on a besoin de réponse. Et quand les réponses manquent, les questions tournent en boucle. Il faut accepter de ressentir sa culpabilité pour la dépasser. On nous a fait un mal immense, une déchirure intérieure qui laissera des traces à vie. On ne comprend pas pourquoi ça, pourquoi nous, comment un être humain peut vouloir consciemment rabaisser un autre humain à ce point. On se dit que c’est forcément un peu de notre faute. Notre monde intérieur est bouleversé. En acceptant de partir de ce constat, on pose les bases de la reconstruction. Où en êtes-vous ? Dressez un constat honnête, sans vous juger. A partir de ce point de départ vous pourrez fixer un cap. J’insiste sur le fait de ne pas se juger. C’est humain de poser des termes subjectifs face à certaines situations. Mais cela va altérer votre démarche d’amélioration. Votre jugement ne reflète pas la réalité, alors laissez-le de côté.

Se complimenter

La première fois que l’on se complimente sincèrement, on rougit. C’est très bizarre cette douceur que l’on s’accorde, tout nouveau. Et puis c’est très contre-intuitif, on a l’impression d’être complètement égocentrique. Au contraire. Se complimenter et nourrir l’amour de soi est le meilleur moyen d’être pleinement disponible pour les autres. La compagnie de quelqu’un qui a confiance en soi est la plus agréable.

Se complimenter entraîne un changement notable : on cesse de se blâmer. Et d’un point de vue biologique cela fait la différence. Lorsque l’on se reproche des choses, on envoie des signaux à notre cerveau qui le décourage. Lorsque l’on est dans un moment où l’on se gratifie, on ne peut pas être en même temps en train de se dévaloriser.

Que ressentez-vous lorsque quelqu’un vous insulte ? Votre amour-propre est blessé, votre rythme cardiaque s’accélère et vous ressentez des émotions négatives telles que la colère ou l’abattement. Et lorsque quelqu’un vous félicite, remarque quelque chose de bien dans votre travail ? Certains sont gênés, mais tout au fond de soi on ressent du plaisir et de la fierté. On libère une dose de dopamine, un neurotransmetteur qui fait ressentir la joie. C’est exactement la même chose lorsque vous le faites vous-même. Désirez-vous une vie de plaisir ou bien de souffrance ? Vous avez le choix, c’est vous qui décidez de ressentir l’un ou l’autre. Félicitez-vous d’être là où vous en êtes aujourd’hui malgré les épreuves. Soyez fier de ce que vous êtes et croyez en vos capacités. La compassion que vous vous donnez agit sur le cerveau : c’est du à ce que l’on appelle la plasticité cérébrale. Plus vous allez vous complimenter, plus vous vous nourrissez de motivation. Ce n’est pas de la magie, la biologie l’explique. Personne d’autre ne le fera pour vous, alors à vos cœurs !

Un tremplin pour voir loin

Se mettre dans un état d’esprit d’auto-compassion et d’admiration de la vie donne confiance en l’avenir. On sait que la beauté de la vie est tout autour de nous, et il ne faut pas se priver de s’en délecter. Cesser de regarder ses erreurs qui n’en sont pas, c’est tourner son regard vers le mieux pour nous. Je ne dis pas que c’est facile, car la vie semble très noire lorsque l’on se sent impuissant. Le principe demeure simple, et plus vous l’appliquerez plus cela deviendra naturel. L’autodiscipline demande des efforts et c’est d’autant plus coûteux lorsque l’on est triste, mais cette allocation d’énergie en vaut la peine. Tous les jours, prenez quelques minutes pour vous dire que vous êtes génial, car c’est la vérité. Puis remerciez les cadeaux que la vie vous a apporté, et promettez-vous d’être ouvert à recevoir les suivants.

Je vous propose le défi suivant : engagez-vous à prendre 5 minutes par jour pour dire du bien de vous. Fermez les yeux et prenez 5 respirations ventrales profondes, puis félicitez-vous de vous accorder ce temps de compassion, car vous le méritez. Faites-le pendant 30 jours pour implémenter l’habitude. A l’issue de ce temps, faites le bilan de l’estime que vous avez pour vous. Ne vous blâmez pas si vous ne parvenez pas à la faire facilement au début, si vous avez du mal à vous concentrer, cela viendra progressivement. Votre cerveau saura diriger le mouvement dans le bon sens, faites-lui confiance.